Le jeu vidéo est une culture

Vendredi 28 août 2026

En Chine, un salon du livre numérique ouvre sa première section jeu vidéo

Le 16e salon international de l’édition numérique ouvre à Jinan une section consacrée au jeu vidéo, pour la première fois en vingt et un ans d’existence. Le geste ressemble à une reconnaissance culturelle, mais découle du droit chinois.

Croquis à l'encre bleue d'une borne d'arcade posée à côté d'une pile de livres et de magazines.

Avant d’être commercialisé en Chine, un jeu vidéo doit recevoir un numéro d’agrément, le « banhao », un certificat délivré par l’administration nationale de la presse et de l’édition, la NPPA. La règle vaut sur toutes les plateformes, du mobile à la console, et ne laisse de côté que les jeux entièrement gratuits, sans achats ni publicité. Les titres payants reçoivent en plus un numéro de publication de type ISBN, l’identifiant que porte tout livre. En Chine, le jeu vidéo est donc, au sens administratif, un imprimé, pas l’enfant créatif de l’informatique.

C’est ce qui donne son sens à la nouveauté annoncée par le 16e China International Digital Publishing Expo qui se tient du 27 au 29 août au centre international des congrès et expositions de Jinan, capitale du Shandong. La manifestation existe depuis 2005 et change de ville chaque année, Haikou en 2024, Zhengzhou en 2025. Elle n’accueille ni stands d’écrivains ni dédicaces, pas de ça ici, non. Elle  réunit les maisons d’édition, les administrations et les délégations de vingt régions, soit l’appareil éditorial d’un pays de 689 millions de lecteurs numériques pour à peu près autant de joueurs. Plus de 500 exposants y sont attendus, avec des participants venus de plus de trente pays, autour de forums thématiques et plus de quatre-vingts rencontres.

Le schéma du livre appliqué au jeu

En 2026, le salon consacre pour la première fois de son histoire un espace au croisement du jeu vidéo et de la culture traditionnelle chinoise. L’espace s’intitule d’ailleurs « Culture traditionnelle chinoise d’excellence et jeux en ligne », et  surtout, on n’y joue pas. Le forum thématique réunit des développeurs, responsables des politiques culturelles, chercheurs et dirigeants de maisons d’édition, autour de propriétés intellectuelles à développer collectivement entre le livre et le jeu. Sur toutes les lèvres, il y a « Black Myth: Wukong » cité comme la preuve irréfutable que l’industrie sait transformer le patrimoine chinois en succès commercial.

Cette rencontre entre éditeurs et développeurs n’a rien d’une audace. Elle prolonge un régime établi depuis dix ans. L’administration applique au jeu le schéma du livre, une maison d’édition répondant du contenu quand un opérateur assure la diffusion, et puisque les jeux comptent parmi les publications en ligne, les sociétés étrangères ne peuvent pas les publier elles-mêmes et doivent confier leurs titres à un partenaire local. Le filtre se mesure. En 2025, la NPPA a délivré 1 771 agréments, dont 1 676 à des jeux chinois et 95 à des jeux étrangers. Le même organe autorise et célèbre à la fois.

Paris tient le jeu à distance du livre

En France, la répartition des tutelles interdit ce genre de croisement jugé exotique pour des raisons culturelles, mais pas seulement. Le jeu vidéo relève d’une cotutelle du ministère de la Culture et du ministère chargé de l’industrie, dont le CNC et la Direction générale des entreprises instruisent ensemble les agréments, mais jamais de l’édition. Le Festival du Livre de Paris, qui s’est tenu en avril dernier, ne référençait sur le sujet qu’un seul ouvrage, « Le Labo du jeu vidéo » de David Louapre, paru chez Albin Michel. Le jeu y figure comme sujet de livre, pas comme œuvre exposée. On ne mélange pas les marges avec les manettes.

L'événement

China International Digital Publishing Expo

Dates
27 – 29 août 2026
Nature
Festival / Convention
Lieu
Jinan (Shandong), Chine
Infos pratiques

16e China International Digital Publishing Expo, Jinan (Shandong), du 27 au 29 août 2026.