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Vendredi 28 août 2026

Adapter des jeux où l’on tire sur des cailloux, l’autre défi d’Hollywood

Universal a acquis les droits de dix jeux Atari, dont « Pong » et « Asteroids ». Reste à filmer des œuvres qui n’ont ni personnage ni histoire, un pari que le studio a déjà perdu deux fois.

Vaisseau triangulaire filaire tirant sur des astéroïdes anguleux, façon écran vectoriel d'Asteroids, au lavis d'encre bleu indigo sur papier crème — croquis de presse LCLE.

En 1979, « Asteroids » tenait son concept de jeu en une phrase : un vaisseau, des rochers, des ennemis, et on tire pour survivre. Aucun héros personnifié, aucune fin puisque le score progressait à l’infini, jusqu’à ce que mort s’ensuive. C’est cet espace narratif qu’Universal Pictures s’engage aujourd’hui à remplir. Le studio a signé avec Atari, via la société de production Entertainment 360, un accord portant sur dix titres du catalogue : « Asteroids », « Adventure », « Berzerk », « Breakout », « Centipede », « Crystal Castles », « Millipede », « Missile Command », « Yars’ Revenge » et « Pong ». Un premier long-métrage est déjà en route, écrit par Matt Reilly et Carl Hampe, sans que l’on sache lequel des dix il adapte.

Le producteur Guymon Casady livre la philosophie de cette acquisition. Selon lui, les meilleurs jeux Atari plongeaient le joueur dans un monde et laissaient son imagination faire le reste. La formule est juste, et c’est bien là le paradoxe, car ces mondes se passaient presque entièrement de narration. Dans « Missile Command », le joueur protège des villes d’un déluge de missiles, dans « Centipede » il mitraille un mille-pattes géant, dans « Pong » il renvoie un point lumineux, et aucun de ces jeux ne met réellement en scène son récit. L’équipe qui supervise l’adaptation doit inventer tout ce que l’imagination des joueurs fournissait alors, les personnages comme les enjeux, l’univers comme le ton, pour faire tenir deux heures de film sur ce qu’un développeur appellerait aujourd’hui un cahier des charges vide.

Hollywood connaît déjà l’exercice, pour l’avoir raté trois fois. Universal avait optionné « Asteroids » dès 2009 ; la Fox confiait « Missile Command » à deux scénaristes en 2011, sous la houlette du producteur Peter Chernin ; en 2016, la société Emmett/Furla relançait « Missile Command » et « Centipede » d’un même geste. Aucun n’a atteint l’écran. « Centipede » a bien fini au cinéma, mais en figurant de « Pixels » (2015), la comédie d’Adam Sandler où les icônes de l’arcade envahissaient la Terre, preuve que ces créatures fonctionnent mieux en clin d’œil qu’en héroïnes.

Le plus révélateur tient à ce que l’accord ne contient pas. Il faut chercher en vain le jeu Atari le plus célèbre, ce « Star Wars » de 1983 en graphismes vectoriels qui reste un sommet de l’arcade, car sa licence appartient à Lucasfilm. La cartouche maudite d' »E.T. », qu’Atari fit enterrer par camions entiers dans le désert du Nouveau-Mexique en 1983 et qui a déjà inspiré un documentaire, manque elle aussi au catalogue. Universal n’achète donc pas les jeux les plus filmables de l’histoire d’Atari, mais les seuls que la société possède encore en propre.

Le vrai sujet de cet accord n’est pas la nostalgie, mais la spéculation. Depuis le triomphe de « Super Mario Bros. le film », les studios sont convaincus qu’une marque de jeu vidéo vaut un ticket d’entrée, qu’il y ait ou non un récit à adapter. La comparaison a pourtant ses limites, car Mario apportait au cinéma un visage, un royaume et un adversaire, là où « Pong » n’a toujours possédé qu’une raquette. Personne ne sait jusqu’où une identité de marque forgée voilà cinquante ans peut porter un film contraint de tout inventer sauf le logo. Universal parie que le nom suffira, même si trois options avortées avant la sienne laissent penser le contraire.