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Mercredi 2 septembre 2026

« Driver : San Francisco », quinze ans après, l’aigle de la route est introuvable

Le cinquième épisode de la série de course-poursuite d’Ubisoft Reflections fête ses 15 ans. Plus personne ne peut l’acheter en numérique depuis dix ans, et le studio qui l’a conçu ne signe plus de jeu à son nom.

Croquis au feutre bleu d'une voiture américaine des années 1970 vue de trois quarts avant, sur fond blanc

Le policier John Tanner gît sur le bitume, dans le coma, et son âme s’échappe de son corps. La caméra s’arrache du pare-brise, monte au-dessus de la baie de San Francisco jusqu’à embrasser la cité entière, puis retombe dans l’habitacle du premier conducteur venu. Une seconde plus tôt on pilotait une berline de police, une seconde plus tard on tient le volant d’une camionnette de livraison qui roulait tranquillement en sens inverse.

Cette mécanique virtuose s’appelle le Shift, et elle n’a pas été greffée à la hâte sur un jeu de conduite lambda. Martin Edmondson, fondateur du studio britannique Reflections et créateur de la série, l’a au contraire placée au départ et au centre du projet. L’équipe n’a pas dessiné une écurie de voitures avant de chercher ce qu’elle pourrait y ajouter, elle est partie du Shift. Edmondson en attribuait l’origine à Google Earth, qui donne à voir le monde entier d’un seul regard. Il y ajoutait une nuance décisive, puisque le service affiche une image vieille de six mois quand le jeu montre des gens vivants.  « La ville est pleine de mille vies. Choisissez-en une, vivez-la, changez-en, et voyez tout cela depuis chacune de ces perspectives », résumait Andrew Willans, l’un des concepteurs

Le studio savait qu’il jouait gros. En interne, l’équipe surnommait le jeu « Life on Cars », par allusion à la série britannique « Life on Mars », diffusée sur la BBC à partir de 2006, où un policier renversé par une voiture se réveille en 1973 sans savoir s’il voyage dans le temps, s’il rêve ou s’il gît dans le coma. Le parallèle est limpide, puisque le Tanner du jeu s’effondre lui aussi dès les premières minutes et que le joueur passe le reste du jeu dans un espace mental dont le statut reste indécidable. Le sobriquet disait donc à la fois la filiation revendiquée et l’inquiétude de l’équipe, qui craignait qu’un policier dans le coma et un joueur circulant de corps en corps ne paraissent trop bizarres pour le public d’un jeu de conduite.

Le jeu sort à la fin de l’été 2011, douze ans après un premier « Driver » qui avait imposé la course-poursuite en monde ouvert avant même que « Grand Theft Auto » ne passe à la 3D, un premier épisode écoulé à six millions d’exemplaires sur PlayStation soit le titre le plus vendu sur la console en 1999. La production est bien reçue, avec 80 sur 100 chez Metacritic. Ubisoft assure que les ventes dépassent ses prévisions, mais aucun chiffre n’a jamais été rendu public. « Driver: San Francisco » devient le dernier épisode principal de la série.

Une disparition en quatrième vitesse

Cinq ans plus tard, le jeu quitte les boutiques sans un mot. Il disparaît du magasin en ligne de la Xbox 360 durant l’été 2016, puis de Steam le décembre suivant, sans annonce ni préavis. Ubisoft n’a jamais donné d’explication publique. L’hypothèse retenue par certains sites tient à la bande-son composée de morceaux sous licence. D’autres pointent les contrats passés avec les constructeurs automobiles. Un jeu qui invitait à prendre le volant de n’importe quelle voiture aurait donc été rattrapé par les droits attachés à ces voitures et à ces musiques.

Le plus vieux studio britannique conduit pour les autres

Reflections, lui, n’a pas disparu. Le studio de Newcastle revendique plus de quarante ans d’activité et se présente comme le plus ancien du Royaume-Uni. Il a co-dirigé « The Division », « Avatar: Frontiers of Pandora » et « Assassin’s Creed Nexus VR ». Il travaille désormais sur les licences des autres. La vague de suppressions de postes annoncée par Ubisoft en janvier 2025 l’a touché, et son studio partenaire de Leamington a fermé le 1er avril suivant.

Reste le disque. Les versions boîte pour Wii, PlayStation 3, Xbox 360 et PC circulent encore d’occasion, seul moyen légal de rejouer à ce titre qui parle aussi bien à l’âme qu’aux amateurs de balades urbaines.

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