Friendslop
Définition
Terme ironique né sur le réseau social X en mars 2025 pour désigner les jeux coopératifs en ligne bon marché, produits en quelques mois et pensés pour les influenceurs ou s'amuser entre amis plutôt que pour leurs graphismes.
Le mot est une blague que personne n’a voulu croire. Le 17 mars 2025, un utilisateur du réseau social X (ex-Twitter) au pseudonyme de @wooosaaaahhhhh publie un message où il baptise « friendslop » une famille de jeux alors omniprésente sur les écrans des streamers, citant Lethal Company, R.E.P.O. et Content Warning. Il invente au passage un second terme, « friendfarming », littéralement « l’élevage d’amis », qui serait selon lui la seule raison d’être de ces jeux. Devant l’ampleur des réactions, l’auteur précise qu’il plaisante. Trop tard : le message devient viral précisément parce que des milliers d’internautes le prennent au premier degré, les uns pour s’indigner qu’on méprise leurs jeux favoris, les autres pour adopter le mot. Le site Know Your Meme, qui documente les cultures du web, relève une occurrence isolée antérieure, en novembre 2024, appliquée par un autre internaute aux dessins animés japonais du quotidien, sans lien avec le sens actuel.
1Ce que le mot désigne
« Friendslop » accole « friend », l’ami, et « slop », la pâtée, argot du milieu des années 2020 pour les contenus de piètre qualité, popularisé par l’expression « AI slop » visant les images générées par intelligence artificielle. Le terme désigne des jeux multijoueurs en ligne vendus moins de 10 euros, développés par de très petites équipes en quelques mois, parfois en quelques semaines, et dont l’intérêt ne tient ni aux graphismes, volontairement rudimentaires, ni au récit, à peu près inexistant, mais aux situations de chaos et de panique que les joueurs fabriquent eux-mêmes en discutant au micro. La généalogie du genre est plus ancienne que le mot : Among Us (2018), jeu d’enquête inspiré du Loup-garou, en est l’ancêtre le plus souvent cité, propulsé par les confinements de la pandémie de Covid-19, avant que Lethal Company (2023) n’en fixe la formule, celle de l’horreur coopérative à quatre. Peak, jeu d’escalade coopératif sorti en juin 2025 et écoulé à plusieurs millions d’exemplaires dès l’été, fait basculer le mot du réseau social vers la presse spécialisée, qui en fait un fourre-tout du jeu indépendant entre amis.
2Un terme disputé, puis revendiqué
Le mot divise, jusque dans les rédactions américaines. Pour Jay Costello, du site Aftermath, le friendslop n’existe pas : personne ne l’emploierait sincèrement, et s’en servir reviendrait à détester « la fantaisie et la joie », autant que ses propres amis. À l’inverse, Harper Jay MacIntyre, du magazine Inverse, y lit une réponse à l’épidémie de solitude, ces jeux offrant un espace de sociabilité à des générations isolées. Caelan Pollock, créateur de Peak, en donne au site Dexerto la définition la plus honnête : un jeu qui suppose que les amis compenseront par le rire et l’interaction ce qui manque au jeu lui-même. Et le stigmate s’est retourné : chez Aggro Crab, coéditeur de Peak, on revendique le terme, tandis que d’autres studios s’en servent désormais comme argument de vente.
3Aujourd’hui
En 2026, le friendslop est devenu un fait économique. Selon Le Figaro, Meccha Chameleon, partie de cache-cache conçue par deux développeurs japonais indépendants, a dépassé les 15 millions de ventes trois semaines après sa sortie en juin, et des studios français comme Piece of Cake, à Paris, ou Embers, à Strasbourg, se sont engouffrés dans ce créneau peu coûteux pour tenir face à l’assèchement des financements. La durée de vie de ces jeux se compte souvent en semaines, une mode chassant l’autre. Reste que le mot, né pour moquer, aura fait ce que font les meilleures insultes du vocabulaire artistique, de l’impressionnisme au punk : nommer un genre.