Prince of Persia: The Lost Crown, le dégagisme sans passéisme
Dans les couloirs fracturés du Mont Qaf, Sargon incarne le dégagisme d’une époque qui refuse l’imposture. Entre authenticité persane retrouvée et système corrompu à abattre, le jeu devient métaphore de nos propres renversements.

Par Jean Zeid
Publié le 16/09/2025
De quoi “Prince of Persia: The Lost Crown” est-il le nom, si ce n’est celui d’un dégagisme qui s’impose de part en part à notre époque ? Pourtant, le héros de cette bourrasque vidéoludique, l’ébouriffant Sargon, n’est pas de notre temps. Le visage de ce nouvel opus coloré de la licence “Prince of Persia” date à minima du VIIe siècle avant J.-C. Son style adolescent aux mouvements toujours vifs emprunte ici le dédale fracturé du Mont Qaf dans le but de faire tomber le système corrompu de la Reine Thomyris, usurpatrice qui a assassiné le vrai roi il y a trente ans.
Il en a fallu sept aux 70 développeurs talentueux du studio Ubisoft Montpellier pour achever cette œuvre échevelée, dont quatre consacrées aux recherches historiques, aux consultations avec des spécialistes persans, afin que chaque nom, chaque symbole, chaque mélodie résonne avec la note historique juste. Pour la première fois, le zoroastrisme – religion de 200 000 fidèles sur planète – trouve une représentation respectueuse dans un média grand public. L’usage de l’Athra, le feu sacré zoroastrien comme mécanisme de jeu témoigne de cette volonté d’authenticité contre l’appropriation.une porte d’entrée respectueuse vers une civilisation trop souvent caricaturée et accompagnée par un gameplay Metroidvania 2.5D exemplaire. En clair, le plaisir de jeu et l’enrichissement culturel ne sont pas contradictoires.
Le cœur du jeu bat donc au rythme de ce jeune homme pauvre qui découvre progressivement sa véritable identité princière en débloquant de nouvelles capacités et des pouvoirs inédits au fil de niveaux et de combats qui transforment l’avatar en héros. Les mécaniques temporelles – cette faculté à « revenir sur ses pas » ou à « se téléporter instantanément » – résonnent comme une promesse : celle de corriger l’histoire, de contrôler le destin d’un homme qui se révèle. Ainsi, traverse-t-on, électrisé, les dix biomes du baroude comme autant de tableaux vivants : des jardins suspendus de Babylone aux colonnes persépolitaines des palais en passant par les déserts où dansent les djinns.
Cette méditation hautement énergique sur l’autorité et ses dérives prend une résonance particulière au sein même du secteur du jeu vidéo. Au fil du combat de Sargon pour abattre le système, le joueur peut alors se demander si toute cette agitation reflète effectivement notre époque ou plutôt les arcanes de la maison Ubisoft. Nul ne le sait. Publiquement, Prince of Persia: The Lost Crown manie le respect à la tradition persane que le coup de tatanne divertissant, s’adressant de manière acrobatique aux amoureux des Metroidvania exigeants qu’aux passionnés de cultures orientales durant une vingtaine d’heures artisanales et épiques.

Résumé
- Sargon incarne le dégagisme – un prince déchu renversant l’usurpatrice.
- Le Mont Qaf devient cartographie persane authentique aux mécanismes zoroastriens respectueux.
- Sept années de recherches transforment le divertissement en résistance culturelle.
- Indispensable aux amateurs de Metroidvania et passionnés d’authenticité persane.